©Andrés Lejona

Monsieur Sena Afeto

« Un cabri mort n’a plus peur du couteau »

Je suis arrivé à l'aéroport du Findel et nous avons pris le bus pour la ville. À l'époque, le bureau des demandeurs d'asile se trouvait à la galerie Kons, en face de la gare. Nous sommes descendus à la gare et le passeur m'a dit qu'à partir de ce moment-là, j'étais livré à moi-même et qu'il ne pouvait plus faire grand-chose. Je me faisais des films, me disais que j'étais en Europe, dans un pays démocratique et que l'accueil serait convenable. Alors, je monte l'escalier et j'arrive dans une salle d'attente où tout est glacial. J'attends, on m'appelle. On me demande ce que je veux et je réponds que je suis venu faire une demande d'asile. On me demande d'attendre. J'attends encore des heures. En fait, tout commence avec une pression psychologique, on vous fait sentir que vous n'êtes pas le bienvenu. Du moins, je l'ai senti comme ça. Une personne qui vient d'Afrique et qui a vécu sous une dictature trouve cela hallucinant. Tu te demandes si c'est du racisme ou pas. Tu ne sais pas, mais c'est bizarre. Finalement on te fait entrer et là tu comprends que ce n'est pas vraiment un accueil.

Extrait de l'entretien publié dans le livre Retour de Babel

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